Invité de l’émission Le Figaro TV, Bienvenue en Île de France du 29 janvier 2026, j’ai défendre le projet de Regard Naïf et faire le point sur le projet retenu, qui malheureusement n’est pas à la hauteur des enjeux civilisationnels, environnementaux et même économiques. Décryptage.
Longtemps, le point culminant des villes était réservé aux églises, aux cathédrales, aux centres de pouvoir. Ils incarnaient des valeurs, un idéal collectif, une vision partagée.
Arrive la Tour Montparnasse, renouvelant le récit de la capitale de la France jusqu’alors représenté par :
Notre-Dame de Paris, emblème d’un pays fille ainée de l’Église
Le Sacré Cœur, pardonnant les tumultes d’un peuple
La Tour Eiffel, phare d’un pays novateur et industriel
Avec cette tour culminant à 209 mètres, ses concepteurs ont pris grand soin de :
Ne l’aligner avec aucun axe parisien,
Affirmer un style en rupture absolue avec tout le patrimoine environnant,
N’exprimer aucune identité, ni idéal.
Ainsi a été décidé dans les années 60-70 d’ériger un nouvel imaginaire : le nihilisme.
Couper la tradition du temps long, refuser de transmettre.
50 ans plus tard notre pays se cherche, réclame des repères, un avenir.
Et pourtant, la rénovation décidée pour ce pinacle entérine cette négation, 12 mètres plus haute, à rebours des aspirations de notre époque.
Un bâtiment durable est avant tout un bâtiment qui dure dans le temps.
Entre 60 et 90 % de l’impact carbone d’un édifice est généré lors de ses phases de construction et de démolition.
La rénovation intégrale de la Tour Montparnasse et de son îlot commercial – ne conservant que l’ossature en béton de la tour – n’échappe pas à cette réalité, tant son ampleur est considérable.
Depuis sa construction, la polémique liée à son existence n’a jamais disparu. Dès lors, comment imaginer qu’une rénovation conservant une apparence similaire la rende enfin acceptable ?
Un bâtiment accroît ses chances de traverser le temps lorsqu’il suscite un attachement particulier, par son esthétique ou par la mémoire valorisante qu’il incarne.
Or cette tour ne réunit aucune de ces qualités et, si la rénovation à venir respecte une chose, c’est bien cette double négation.
Il est donc à parier que cette transformation appellera, à terme, une nouvelle intervention, voire une démolition, entraînant un gaspillage financier et écologique.
Les centres commerciaux parisiens connaissent des temps difficiles et pourtant, les leçons ne sont toujours pas tirées.
Deux exemples récents : – Les Ateliers Gaîté (Montparnasse), rénovés en 2022 pour 500 M€ → 10 fermetures d’enseignes dès les deux premières années. – La Samaritaine, partiellement détruite et reconstruite en 2021 pour 750 M€ → 110 M€ de pertes cumulées en deux ans.
Pourtant, certains lieux continuent d’attirer : – Le Printemps Haussmann conserve une solidité financière malgré une baisse ponctuelle imputable aux crises sociales et sanitaires. – Le Bon Marché, avec un résultat net de 41 M€ en 2024, montre que l’expérience haut de gamme paie.
La différence ? Mettez-vous à la place d’un touriste venu de loin pour faire ses emplettes à Paris.
Face à des prix parisiens, préféreriez-vous :
1️⃣ Acheter dans un espace neutre, interchangeable, sans décor ni âme ?
2️⃣ Pousser la porte d’un édifice Belle Époque et vous laisser sublimer par son impressionnante verrière ?
Ce choix, pourtant évident, a été ignoré pour rénover l’îlot Maine-Montparnasse. Des centaines de millions d’euros seront investis pour démolir le vieux centre commercial désaffecté au pied de la tour et le remplacer par du neuf purement fonctionnel.
Pourtant, si ses promoteurs avaient osé renouer avec le charme parisien, les foules se seraient déplacées pour découvrir cette curiosité et y auraient, au détour de leur balade, dépensé leurs devises.
Valoriser le patrimoine industriel dans un équipement sportif moderne est une intention rare et louable. Pourtant, dans ce futur stade du Birmingham City Football Club, ces cheminées postiches laissent perplexe.
Le problème principal réside dans la répétition ostentatoire : douze cheminées géantes qui ceinturent le stade, lui conférant un aspect massif, presque absurde. On croirait le résultat d’un prompt IA appliqué de manière trop littérale.
L’idée de revendiquer une identité locale est excellente en soi, mais elle gagnerait à être traitée avec plus de subtilité et de retenue. Quelques pistes qui auraient pu enrichir et affiner ce projet :
rationaliser les cheminées pour accorder à chacune un usage réel (ascenseur panoramique, tour de ventilation, plateforme médiatique) et une valeur cardinale, limitant ainsi l’effet purement décoratif et ostensible ;
en faire les piliers d’une entrée majestueuse d’inspiration victorienne, tout en utilisant la brique de manière plus sobre sur les côtés pour rappeler les structures industrielles de la région ;
s’inspirer plus directement de bâtiments emblématiques de Birmingham, comme le Bell Edison Telephone Building.
Cf. la photo alternative (réalisée par assistance IA et retouches manuelles). Elle ne prétend pas constituer un résultat définitif, mais illustre ces pistes d’amélioration tout en conservant l’esprit initial du projet.
Le travail d’un architecte ne peut se contenter d’empilements de blocs fonctionnels ou décoratifs. Il doit retrouver le sens de l’excellence à travers une étude fine des proportions, une compréhension profonde du patrimoine local et un dosage subtil des références. C’est à ces conditions qu’émergera une narration raffinée, cohérente et capable de résister aux effets de mode.
S’imprégner des traditions et des coutumes dès l’atterrissage : tel est le pari du futur aéroport international de Gelephu, au Bhoutan.
Un aéroport est bien souvent la principale porte d’entrée d’un pays. Il constitue le premier ressenti du visiteur et, à ce titre, devrait offrir une image soignée et signifiante. Les architectes des gares du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle l’avaient parfaitement compris : leurs édifices, véritables emblèmes des villes-étapes, ont donné naissance à un patrimoine ferroviaire d’une grande richesse.
Les aéroports, apparus plus tard, n’ont pas bénéficié de ce même destin. Ils se sont développés à une époque où l’architecture était déjà devenue largement « hors sol », donnant naissance à des terminaux fonctionnels et interchangeables, parfois spectaculaires, mais souvent déconnectés de la culture que les voyageurs aspirent pourtant à découvrir. Quant au trajet vers le centre-ville, il est bien souvent préférable d’y détourner le regard.
Au Bhoutan, petit royaume montagneux enclavé entre l’Inde et la Chine, le choix est tout autre. En collaboration avec l’agence BIG (Bjarke Ingels Group), le pays porte un projet architectural profondément attentif à l’identité, à la tradition et au bien-être :
une forme globale en treillis ondulant, évoquant les reliefs de l’Himalaya ;
une structure ornée de sculptures inspirées des « Kachen », dragons symbolisant le passé, le présent et le futur du Bhoutan, réalisées par des artisans locaux ;
des esplanades et des espaces intérieurs plantés d’espèces végétales indigènes ;
une architecture modulaire, pensée pour évoluer dans le temps et intégrée à un projet urbain plus vaste et cohérent : le « Gelephu Mindfulness City », imaginé pour célébrer la culture bhoutanaise en harmonie avec son environnement forestier.
Une réalisation à venir, déjà porteuse de fierté pour tout un peuple : voilà l’ambition à laquelle devrait prétendre l’architecture de demain !
Et si on dépassait la simple rénovation fonctionnelle ? En métamorphosant la tour avec un style éclectique Art Déco et gothique, plus compatible avec le paysage parisien, et une symbolique multiple :
🗼 Un sommet coiffé d’une toiture élancée, clin d’œil assumé à la Tour Eiffel.
🤍 Une façade devenue blanche, référence au Sacré-Cœur, et adaptée aux futures canicules.
⛪ De grandes baies gothiques inspirées de la cathédrale Notre-Dame.
🌿 À sa base, un jardin d’un hectare, le « Mont Parnasse », clin d’œil au quartier éponyme et à la mythologie grecque, dans un endroit manquant d’espaces verts.
🏛️ Devant la rue de Rennes et le boulevard Montparnasse, la façade de la gare historique, détruite en 1969 et reconstruite à son emplacement d’origine, pour abriter un nouveau complexe commercial, la piscine Armand Massard déjà existante, et une gare routière souterraine aujourd’hui située à l’air libre et source de nuisance.
Grâce à cette transformation, ce quartier retrouverait son âme haussmannienne. Devenant un nouveau lieu de rencontres pour les parisiens et les touristes avec un parcours piétons pour flâner, de la rue de Rennes jusqu’à la gare actuelle, et jalonné de bâtiments remarquables, statues, ponts suspendus, terrasses, fontaines, et de jardins.
Regard Naïf porte un message fort : dépasser la vue court-termiste de notre temps en envisageant une rénovation qui traverse les siècles. Car si on veut réellement minimiser notre empreinte carbone et redonner à notre société des repères, il faut retrouver comment construire pour transmettre. Pourquoi alors ne pas commencer dès maintenant avec une Tour Montparnasse enfin belle et durable ?
On sait qu’un ordre en place est aux abois lorsqu’il voit les voix dissidentes comme extrémistes. Dans cette tribune des Échos, des acteurs du BTP nous laissent le choix entre le camp du bien, le leur, ou affronter leur opprobre en optant pour le camp du mal.
On a beau lire et relire ce plaidoyer, rien de nouveau sous le soleil. Pire : avec un florilège de sophismes et d’arguments manichéistes, ce texte joue sur nos émotions pour tenter de prolonger leur « business as usual », aujourd’hui grippé.
Ils l’affirment, donc croyons-les : ce débat ne peut se résumer qu’à un choix binaire. Dire « oui », c’est sauver la veuve et l’orphelin de la rue, représentés ici par les étudiants et les femmes en phase de séparation. Comment osez-vous être contre ? Et construire en masse permet même de lutter contre la spéculation ! Ce qui est en partie vrai pour l’économie locative, mais ils oublient de préciser que cela alimente tout autant une autre spéculation : celle du BTP et de la finance. Quant à leur exemple, aller chercher jusqu’aux États-Unis, pays du tout-voiture avec bien d’autres enjeux différents des nôtres, est quand même une démonstration par la preuve un peu ténue.
L’argument le plus grotesque arrive quand ils affirment être les vrais écolos. Commençant par vilipender les opposants à la bétonneuse, ils finissent par un virage improbable en expliquant que leur modèle est bénéfique pour la planète. Car, après tout, les friches et la rénovation sont moins impactantes que le bétonnage en neuf (qu’ils assument pleinement de faire aussi). Ouf, le vernis écolo est posé ! Ce qui leur permet de ré-embrayer dès le paragraphe suivant sur d’abondance : après tout, les limites physiques de la planète importent peu.
Juges et parties de leur analyse, ce plaidoyer trahit un manque de vision révélateur : continuer à construire en masse et coûte que coûte pour prolonger un modèle hérité de l’après-guerre, pourtant à bout de souffle.
NIMBY OU YIMBY, IS THERE A TROISIÈME SOLUTION ??!!
Pour reprendre leur logique d’acronymes anglophones, une posture plus sage serait celle du « PIMBY » (Perhaps In My Backyard). Une position qui prend réellement de la hauteur sur les besoins actuels, et qui implique notamment de :
Appliquer les principes du nouvel urbanisme, afin de sortir d’une simple réponse quantitative à un besoin immédiat en construisant pour le long terme, et favoriser intelligemment la mixité sociale, le bien-être, la vie locale et le sentiment d’appartenance ;
Anticiper les besoins des prochaines décennies : en 2025, la France a entamé sa décrue démographique. L’évolution de sa population (et donc du besoin en logements) devient un enjeu politique majeur et le restera certainement tout au long du XXIᵉ siècle, car dépendante de variables aussi sensibles que la natalité et les migrations ;
Acter le début de la Grande Transmission : la mise massive sur le marché, dans les vingt prochaines années, des biens immobiliers hérités de la génération des soixante-huitards va bien sûr impacter l’offre de logements ;
Réaliser que l’abondance est finie. Les matières premières seront de plus en plus sources de tensions, et leur gestion sera à la fois un sujet réellement écologique, mais surtout géostratégique.
Mesdames et Messieurs les cosignataires de cette tribune, si on vous écoutait en vous laissant continuer à construire à tout va, on se retrouverait dix ans plus tard avec une offre incohérente avec la réalité. Votre modèle est condamné. Vous pouvez en forcer le maintien, mais plus dure sera sa chute. Il serait temps de prendre en compte la réalité de notre siècle.
Construire du neuf, oui, mais de manière bien plus raisonnée, selon les besoins de chaque territoire, avec des habitats porteurs d’une véritable valeur, à la fois fonctionnelle et patrimoniale. C’est à ce prix que vous sortirez du schéma de la croissance d’après-guerre aujourd’hui révolu, et que vous devrez tirer les conclusions de ce gigantesque parc immobilier créé pour répondre à des besoins immédiats, et qui finira en grande partie délabré faute d’avoir été conçu pour traverser les siècles.
A jamais le symbole d’un Paris brutalisé. Depuis leur construction, la tour Montparnasse et son centre commercial sont sources de controverses et de rejets. A tel point que ses commerces finissent par fermer, dans ce quartier pourtant si passant et vivant.
Dans l’espoir d’un nouveau souffle, l’équipe d’architectes Nouvelle AOM a été retenue pour une rénovation intégrale. Si le projet ambitionne de moderniser l’ensemble, il fait le choix de conserver la forme d’origine de la tour tout en la rehaussant de 18 mètres. Une réponse fonctionnelle qui répète les mêmes erreurs :
Affirmer la brutalité : ce projet fige dans l’horizon une silhouette maintes fois primée au palmarès des bâtiments les plus laids au monde, et dont la perception ne s’adoucit pas avec le temps.
Repousser les amoureux de Paris : à l’instar de la Samaritaine, où 750 M€ de travaux ont également été consacrés pour imposer dans la rue Rivoli une vitrine géante flambant neuve mais que les acheteurs délaissent, préférant goûter à l’authenticité du Printemps, du Bon Marché ou du boulevard Saint-Germain.
Cette rénovation appelle mécaniquement à une solution ultérieure avant même d’être démarrée.
Quelles alternatives ?
Beaucoup souhaitent sa démolition, solution cependant inenvisageable pour ses propriétaires.
Une autre approche est celle de l’identité retrouvée. Plutôt qu’un simple habit de verre, pourquoi ne pas métamorphoser l’ensemble en un lieu unique, enrichi d’une symbolique qui l’intégrerait à sa juste place ? C’est la proposition portée par Regard Naïf : faire de la Tour Montparnasse un monument parisien (Regard Naïf – Montparnasse 2030).
Hélas, l’option choisie se cantonne à ne retenir de la tour que son seul atout : son observatoire. Car, pour reprendre la phrase de Maupassant, « c’est le seul endroit de la ville d’où on ne la voit pas ».
Ce n’est pas la suite de l’excellent film d’animation de Bibo Bergeron, mais bien un projet pharaonique qui, loin de toute monumentalité inspirante, menace de défigurer le cœur résidentiel de Kentish Town et le paysage londonien.
Ce complexe aura, on l’espère, son utilité immédiate. Mais ses volumes relèvent de l’hérésie :
Des bâtiments trop hauts et trop massifs, évoquant le visuel d’un gigantesque centre d’incinération ;
Implanté au milieu de quartiers résidentiels typiques de l’âme londonienne, à deux pas du célèbre Camden Town où affluent les touristes du monde entier ;
Une densité oppressante : des tours collées les unes aux autres, un bloc central monolithique qui refusera la lumière du jour à nombre de ses travailleurs.
Pensons aussi à l’avenir :
Son style purement fonctionnel est sans grâce ni identité : lorsque les besoins évolueront – et ils évolueront – personne n’aura envie de sauver cet ensemble. L’unique issue sera une coûteuse démolition ;
Ses formes cubiques, inadaptées aux précipitations londoniennes, lui promettent une obsolescence accélérée ;
Autoriser un tel mastodonte revient à créer un précédent pour d’autres projets tout aussi massifs, qui finiront par déshumaniser toute la ville et la rendre invivable.
À l’heure de l’urgence climatique, ériger un tel gouffre en ressources et en énergie est indéfendable, et l’urbanisme doit limiter la densité sous risque d’asphyxie.
Une ville peut envisager de grands volumes, à condition de porter la dimension symbolique de phares éclairants les peuples. Les civilisations ne seraient pas sans leurs cathédrales ni leurs pyramides. Ces édifices effleurant le ciel ont toujours eu la vocation de porter un idéal de grandeur, célébrant une longue histoire, et donnant ainsi à l’avenir une direction civilisationnelle.
A ce titre, notre responsabilité en ce XXIème siècle est de transmettre le meilleur de nous mêmes et de refuser que la laideur et l’angoisse envahissent nos vies ; encore plus quand elles sont portées aux pinacles de nos villes.
Londres, ville phare de l’humanité, mérite mieux que ce cauchemar en béton armé.
De prime abord les prix parisiens, qui ont chassé les classes populaires au profit d’une clientèle fortunée, seraient la cause de cette désaffection. Il y a du vrai, mais la gentrification n’explique pas tout.
Poussez plutôt les portes du Printemps Haussmann : malgré des tarifs élevés les touristes affluent, invités par une façade accueillante, puis envoûtés par sa sublime coupole Art Nouveau. Mettez-vous un instant à leur place : pour les mêmes marques de luxe, où iriez-vous ? Dans un endroit emblématique que l’on ne trouve que dans Paris, ou tenteriez-vous cette vitrine géante qui pourrait exister dans n’importe quelle métropole et que certains, non sans malice, comparent à un rideau de douche ?
Un visiteur est en quête d’un imaginaire qui lui éveillera son envie d’acheter, même plus cher, des marques qu’il pourra tout aussi bien acquérir chez lui ou via Internet, car elles lui rappelleront sa belle expérience. Inversement, une façade inexpressive n’attirera pas foule, fût-elle signée par un cabinet d’architecture renommé.
L’erreur de cette rénovation a été de croire qu’une façade et un intérieur importent peu, pourvu que l’offre commerciale soit au rendez-vous. Les promoteurs ont pensé que la belle verrière de la Samaritaine, heureusement préservée, mais accessible depuis la rue Rivoli qu’après avoir traversé de longs espaces quelconques, suffise à convaincre. Cependant le touriste passant dans cette rue, ignorant souvent cette subtilité, a déjà passé son chemin.
Nous travaillons sur une proposition pour faire de ce bâtiment Rivoli un lieu unique, riche en imaginaire. Suivez-nous sur les réseaux sociaux pour ne rien rater !
À condition de l’utiliser correctement, le béton peut être un matériau élégant et durable.
Pont du Gard, France – Béton non armé, 2 000 ans. Sa conception en arches superposées démontre une maîtrise précoce du béton et une longévité record.
Panthéon de Rome, Italie – Plus grande coupole en béton non armé, 1 900 ans. Sa durabilité exceptionnelle vient de la qualité du béton romain (pouzzolane) et de sa conception architecturale ingénieuse.
Église de la Sagrada Família, Barcelone, Espagne – en construction depuis 140 ans. Les structures en béton armé des tours paraboliques allient innovation technique et esthétique organique.
Siège de la société Hennebique, Paris, France – Premier immeuble parisien en béton armé, 125 ans. Illustre la robustesse et la polyvalence de ce matériau.
Opéra de Sydney, Australie – 50 ans. Ses voiles de béton précontraint blanches, évoquant des voiles de navire, combinent esthétique audacieuse et prouesse technique.
Ces beaux exemples prouvent la noblesse de ce matériau, même utilisé directement en façade. Il permet en effet des structures et des formes audacieuses avec une praticité et une dureté incomparable. Avec l’ambition de transmettre un patrimoine sur des siècles voire des millénaires.
Pourquoi le béton fait-il alors polémique ?
Sa mauvaise utilisation engendre un impact environnemental considérable et un enlaidissement de nos villes et de nos paysages.
Car il y a une erreur fondamentale dans son utilisation aujourd’hui : son exploitation dans de l’architecture fonctionnelle qui, par définition, se limite à la réponse à une fonction.
Or les besoins évoluent, et les bâtis avec. Ceux adaptés à leur climat et portant des messages esthétiques ou culturels gagneront en estime, avec des gens soucieux de leur préservation, quitte à les reconvertir. Mais utiliser le béton pour une conception juste fonctionnelle est une erreur funeste, car elle finira alors démolie ou corrodée, provoquant alors un immense gaspillage financier et environnemental.
Tout ce qui est pensé à faible horizon, comme hélas la plupart des réalisations d’aujourd’hui, devrait s’en tenir à des matériaux biodégradables, plutôt qu’un matériau aussi énergivore et persistant qu’est le béton.
60 % à 90 % de l’impact carbone d’un bâtiment se produit durant ses phases de construction et de démolition. Le béton sera durable s’il est beau, ou ne le sera pas.