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Devenir patrimoine

Quatre raisons principales permettent à un bâtiment de devenir patrimoine :

Raison 1 : la continuité d’usage

Le Colisée. Ce monument romain mondialement célèbre a réussi à traverser les siècles grâce à de multiples reconversions qui ont justifié son entretien  :

  • 80 apr. J.-C. : Amphithéâtre pour spectacles publics
  • VIe s. : Sanctuaire chrétien, cimetière et habitations
  • XIIe s. : Forteresse de la famille Frangipani
  • XVe s. : Carrière de pierres (pour bâtir palais et églises)
  • XVIIIe s. : Site sacré chrétien
  • XIXe s. : Monument historique
  • XXe-XXIe s. : Site culturel et patrimoine mondial

Au XVe siècle, il a pourtant failli purement et simplement disparaître. Aussi grandiose soit-il, une période d’inutilité et un monument devient matière première, ou est rasé pour de nouvelles constructions.

Les bâtiments qui restent habités, utilisés pour le culte, la défense, le commerce ou la communication ont historiquement bien mieux survécu que ceux purement abandonnés. L’entretien régulier et l’intérêt collectif liés à leur fonction active sont bien plus efficaces que la simple volonté de conservation patrimoniale.

Car cette dernière est un concept relativement moderne. Même si une première prise de conscience apparaît dès la Renaissance, c’est surtout à partir du XIXe siècle, sous l’influence du romantisme, qu’elle prend véritablement son essor.

Raison 2 : la qualité architecturale et technique

La pagode du Tō-ji à Kyoto. Bientôt 500 ans, 55 m de haut, plus haute structure en bois traditionnelle du Japon. Sa solidité et sa longévité exceptionnelles viennent d’une conception flexible :

  • Pilier central (shinbashira) : agit comme amortisseur, les étages bougent indépendamment
  • Assemblages bois sans clous : joints flexibles qui absorbent les secousses
  • Étages empilés indépendants : mouvement type « serpent » en cas de séisme
  • Toits très débordants : stabilisent face au vent et protègent des pluies de typhon

Un exemple caractéristique parmi d’autres, adaptés à des climats variés, qui ont su résister au temps. Souvent grâce à la résistance de leurs matériaux (pierre, brique, marbre), couplée à des éléments plus facilement remplaçables (couverture, boiseries…).

Plus largement, l’architecture traditionnelle a prouvé sa durabilité : fruit de siècles d’innovations techniques et d’adaptations aux contraintes climatiques locales. Associée à une élégance architecturale, elle suscite un attachement qui renforce la volonté de préservation… et donc son entretien pour traverser les siècles.

Raison 3 : la valeur historique et culturelle

La cathédrale Notre-Dame de Paris. Plus de 860 ans d’histoire, au cœur de la capitale, et un symbole universellement reconnu.

Au-delà de ses qualité techniques indéniables, elle réunit tous les critères faisant qu’un bâti est conservé pour sa valeur historique ou culturelle :

  • Signification historique : théâtre de grands événements (sacres, couronnements, révolutions…), elle a été préservée pour son importance symbolique
  • Patrimoine culturel : élément central de l’identité parisienne et française, ancrée dans la mémoire collective (littérature, art, imaginaire)
  • Rôle spirituel : lieu de culte vivant, entretenu grâce à son usage continu et à son importance pour les croyants
  • Marqueur d’identité : symbole d’unité nationale et de continuité, bien au-delà de sa fonction religieuse

Comme d’autres édifices (châteaux, amphithéâtres, monuments nationaux…), ces critères peuvent créer un attachement collectif fort aidant à sa protection et son entretien. Pour cette cathédrale, cela lui a permis de mobiliser le monde entier après son incendie de 2019 !

Raison 4 : le hasard de l’histoire

Sans doute la raison la plus déconcertante.

À qualité historique, culturelle, architecturale et technique égale, et même avec un usage encore actif, deux bâtiments peuvent connaître des destins radicalement différents.

À New York, deux gares majeures illustrent parfaitement ce paradoxe :

  • Penn Station : démolie dans les années 1960 par pure spéculation immobilière, malgré son usage toujours opérationnel et de fortes protestations nationales. Lors de sa construction, tout avait pourtant été pensé pour en faire un monument traversant les siècles.
  • Grand Central Terminal : a failli subir le même sort… mais la prise de conscience provoquée par la destruction de Penn Station a permis de faire évoluer la législation sur la protection du patrimoine.

Pourquoi l’une a fini sous les pelleteuses et l’autre non ? Impossible à prévoir à l’origine.

Plus largement, les raisons de démolition peuvent être si arbitraires qu’elles dégagent une forme de fatalité : guerre, décisions politiques, spéculation immobilière, grands projets urbanistiques, nouveaux besoins, finances, mérule, catastrophes naturelles…

Même un bâtiment possédant toutes les qualités patrimoniales n’est jamais totalement à l’abri.

On peut toutefois identifier deux facteurs qui réduisent un peu cet arbitraire :

  • L’isolement : les bâtiments situés dans des zones moins exposées aux conflits ou aux pressions urbaines ont souvent mieux survécu.
  • Un climat favorable : dans certaines régions plus sèches et stables, les monuments ont moins souffert des intempéries (ex. : temples de l’Égypte ancienne).

Le biais du survivant

Pourquoi le patrimoine nous émerveille tant ?

Les constructions du passé parvenues jusqu’à aujourd’hui nous interpellent souvent par leur beauté, leur message, leur ingéniosité, leur solidité, laissant croire à un passé glorieux.

Ce témoignage est néanmoins biaisé : de toutes les constructions érigées depuis le début de l’humanité, seule une petite partie a survécu à la ruine, aux démolitions, aux guerres…

Le patrimoine que nous admirons aujourd’hui paraît d’autant plus merveilleux qu’il est un échantillon de ce qui a le mieux résisté au temps. Par sa valeur intrinsèque, ou grâce à sa robustesse. Des époques précédentes, nous ne voyons donc que les éléments les plus remarquables.

Le patrimoine est donc passé par le « biais du survivant ». Initialement, une méthode d’ingénierie utilisée en aviation pour consolider les parties les plus vulnérables lors des combats aériens.

En architecture, le patrimoine pourrait offrir les mêmes leçons, et inspirer les constructeurs d’aujourd’hui : qu’est-ce qui fera qu’un bâtiment traversera les époques ou non ?

4 raisons principales, détaillées dans un prochain post.

Le paradoxe architectural des maîtres du futur

Les grands acteurs de l’intelligence artificielle disposent désormais, par la puissance du code et de l’accumulation de tout le savoir humain, d’un tel levier sur notre siècle qu’ils peuvent être considérés comme les maîtres du futur1. Leur promesse du dépassement de l’homme par la machine et les valeurs implémentées dans cette dernière, sont donc un sujet décisif de notre avenir.

À ce titre, puisque toute architecture traduit, consciemment ou non, une certaine vision de la société, il est intéressant d’analyser les messages et les utopies émanant des structures que ces acteurs construisent.

Ici l’exemple de Terafab, projet d’Elon Musk dédié à la fabrication de puces IA, et promis comme le plus grand édifice jamais construit par l’homme, est un symbole fort qui interroge.

La pensée des grands acteurs de l’IA

Une partie de leur écosystème intellectuel entretient des affinités avec le « Dark Enlightenment », ou Lumières sombres, courant néoréactionnaire associé notamment au philosophe britannique Nick Land. Celui-ci remet en cause certains fondements politiques de la modernité démocratique et du progressisme : égalitarisme, démocratie de masse, redistribution et gouvernement représentatif sont perçus comme des freins au développement de sociétés plus performantes. Il s’agit ainsi de dissocier progrès social et progrès technologique afin d’émanciper et d’accélérer ce dernier, quitte à envisager une transformation radicale des structures politiques et sociales.

Soulignons néanmoins que tous les entrepreneurs de l’IA ne sont pas néoréactionnaires et que leurs philosophies tout comme leurs sensibilités politiques sont diverses, et parfois contradictoires et évolutives. Mais la question demeure intéressante : chez ceux qui défendent simultanément l’accélération technologique et la pérennité de la civilisation occidentale, notamment à travers sa natalité, quelle place est réellement accordée à l’être humain ?

Une ambition architecturale dédiée à la machine

En regardant ces infrastructures futuristes, la place donnée à une population humaine semble quasi nulle. Ou alors celle d’une fourmilière sans horizon. Les constructions dédiées à l’intelligence artificielle – centres de données, usines de calcul, infrastructures énergétiques et complexes industriels – semblent avant tout conçues pour elles-mêmes, sans véritable symbolique faisant l’éloge de l’humanité, d’une civilisation particulière, ou même de ceux qui les ont conçues.

Tout est voué à la puissance de calcul, au refroidissement, à l’alimentation électrique et à l’automatisation. Des bâtiments gigantesques, souvent aveugles, hermétiques et peu reliés à leur environnement, semblent davantage glorifier la méga-machine en expansion que ceux à qui elle doit pourtant son existence. L’échelle n’est plus celle du corps humain, de la rue ou de la place publique. Elle est celle de la synapse d’un immense cerveau artificiel planétaire qui manifeste sa puissance.

Un piège civilisationnel

À considérer Peter Thiel, cofondateur de Palantir Technologies, ou Elon Musk, on trouve chez eux, sous des formes très différentes, l’idée de préserver ou de prolonger la civilisation occidentale et de favoriser sa natalité pour permettre à l’humanité de poursuivre son aventure technologique.

Et pourtant, rien, dans cette architecture, ne semble véritablement pensé pour les êtres sensibles que nous sommes. Intimidantes, sans aucun symbolisme humain, ces structures gigantesques donnent le sentiment d’un dépassement déjà acté. Écrasés, nous ne serions plus que des rouages substituables de l’immense machinerie.

Or on ne fait pas d’enfants dans un environnement aussi contraint et ce phénomène est déjà observable. Les taux de fécondité les plus faibles au monde se trouvent dans les mégalopoles qui, par leur architecture déshumanisée et le stress engendré, déracinent, individualisent et éloignent les individus de leur instinct de transmission. Ainsi, reproduire ces milieux nocifs pour l’homme produira l’effet inverse de celui recherché sur la natalité, qui continuera de s’effondrer.

Un patrimoine inhumain

En nous effaçant devant ce nouveau dieu informatique, les acteurs de l’IA lui indiquent ce message clair : nous n’existons plus.

Car si leurs ambitions se réalisent, tout cerveau humain deviendra inutile, même les leurs. Et en omettant d’affirmer – dans la mémoire des serveurs et des frontons de ces nouveaux temples – une part de sacré, comme l’importance de l’humanité dont eux aussi font partie, l’optimisation la plus évidente sera de se dispenser de nous tous. Sans exception.

Et si, par épuisement des ressources ou cataclysme géopolitique, il advenait que le mythe s’effondre, nos descendants, déjà fortement affaiblis par cette machine qui pensait à leur place, auront à supporter les décombres d’une gloire passée sans culture ni visage.

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  1. Le temps du centaure: La sombre philosophie des maîtres du futur, J. Rochedy, éditions Hétairie, 2026 ↩︎

Pourquoi l’architecture des parcs d’attractions plaît-elle tant ?

Carton-pâte, pastiche, falsifié… Les anathèmes des architectes contemporains ne manquent pas. Et pourtant, ces lieux suscitent un engouement massif.

Ces critiques sont entendables. Mais elles omettent une chose essentielle : le foisonnement d’imaginaire, de poésie et de rêve.

Car dans un parc d’attractions, les manèges à sensations fortes ne suffisent pas. On vient aussi et surtout pour un univers qui nous arrache à un quotidien aseptisé.

La vraie question, pour ses détracteurs, devrait être celle-ci :

✨ Malgré le côté volontairement faux des parcs d’attractions et de certains nouveaux quartiers « façon Disneyland », pourquoi cela plaît autant ? ✨🧐

Assurément par contraste avec un monde d’aujourd’hui qui, hélas, est devenu trop aseptisé.

Qui, en toute honnêteté, préfère vivre ou évoluer dans un quartier interchangeable, dénué de narration, ressemblant à n’importe quelle banlieue du monde, plutôt que dans un endroit identifié, coloré, qui laisse encore échapper un bout de rêve ?

Un avenir souhaitable n’est pas spécialement de vivre dans un décor de dessin animé, mais d’obtenir une qualité de vie où le beau, l’identité, la culture, et la fonction se rejoignent.

On hérite de nos parents et on transmet à nos enfants

Une évidence de la vie : on hérite de nos parents et on transmet à nos enfants.

Dans sa tribune du Monde, Fabien Gantois souligne un incident majeur et jusqu’alors inédit dans la construction : le climat change, et il change vite.

Un vrai défi s’impose à nous. Jusqu’alors, les générations successives pouvaient s’appuyer sur des repères stables. Mais aujourd’hui, tout est bouleversé dans nos villes : identités, cultures, besoins, modes de vie et… climat.

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Heureusement, de multiples réponses existent, notamment dans les méthodes ancestrales. Avant l’énergie abondante et bon marché, avant la réfrigération artificielle, les constructeurs savaient s’adapter aux climats de l’année avec très peu de moyens, et concevaient intelligemment :

  • Les murs épais en pierre ou en brique, qui font le charme de nos vieilles bâtisses, retiennent la chaleur en hiver et la fraîcheur en été grâce à leur inertie thermique ;
  • Les techniques des pays chauds à redécouvrir : badgirs (tours à vent), façades blanches qui réfléchissent le soleil, patios ombragés… ;
  • Une répartition fine des ouvertures, plus étroites au sud qu’au nord, et le retour des auvents, marquises, galeries et allées plantées qui protègent du rayonnement direct.

À ces savoirs anciens s’ajoutent des techniques contemporaines tout aussi pertinentes :

  • La pompe à chaleur avec emprise au sol devrait, sauf exception justifiée, devenir la norme dans toute construction neuve. Elle garantit chauffage et climatisation avec une consommation d’énergie faible ;
  • Pour les ouvertures, toitures et parois, des matériaux isolants, biodégradables ou à très longue durée de vie.

Chaque bâtiment doit aussi s’insérer dans une ville plus adaptée :

  • Une végétation tenant compte du climat changeant, qui rafraîchit l’air ;
  • Une désimperméabilisation des sols, pour un meilleur drainage des pluies et pour limiter les îlots de chaleur ;
  • Le retour des galeries en arcades, des auvents et des marquises, créant au passage des espaces publics de qualité.

Et enfin, on ne le dira jamais assez : la valeur esthétique, culturelle et donc patrimoniale d’un bâtiment est décisive. Une belle bâtisse est une invitation pour chaque génération à en prendre soin et à la conserver dans le temps, tout en apportant à la collectivité fierté et identité. Ce qui est beau et digne d’être aimé survit. Ce qui est anonyme et sans qualité finit trop souvent démoli.

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Pour l’architecture, l’enjeu n’est donc plus seulement de faire du neuf ou de rénover. Il est de concevoir des lieux capables de traverser le temps techniquement, climatiquement et culturellement. Des lieux que nos enfants n’auront pas honte d’hériter, et qu’ils auront envie de transmettre à leur tour.

Car au fond, bâtir est toujours un acte de transmission. À chaque acteur le devoir de retrouver le souci du temps long et de soulager la charge des générations futures en stabilisant tout ce qui peut l’être.

Le Sort du pavillon de l’Assemblée Nationale vire au tragi-comique

Le projet de nouveau pavillon d’accueil en verre (52,8 M€), qui doit remplacer l’existant de 1888, relance la polémique. Trop cher, criard… la pétition de Sites & Monuments dépasse maintenant les 100 000 signatures.

Curieusement, l’alternative portée par ceux qui d’habitude défendent le vieux Paris avec brio et bravoure n’est autre que la vision de l’agence SANAA – celle-là même qui a défiguré la Samaritaine côté rue de Rivoli – avec un très disgracieux cube que d’aucuns apprécieront.

Que cette polémique cesse, qui ridiculise à la fois :

  • nos députés (le Bureau de l’Assemblée, où tous les groupes sont représentés, a approuvé ce projet à l’unanimité),
  • et les défenseurs du patrimoine, qui cherchent à se montrer constructifs en commentant une grossière maladresse.

Deux solutions pourtant simples :

  • La plus raisonnable : ce caprice du Parlement, en cette période de difficulté des finances publiques, doit être abandonné.
  • Si vraiment l’on tient à quelque chose… une surélévation en harmonie avec l’existant. Quelques minutes d’IA ont l’air de rivaliser avec les plus grands cabinets.

Un étage de plus en harmonie avec l’existant, ou rien. Et qu’on n’en parle plus.

L’abandon de la rénovation de la Tour Montparnasse est une bonne chose

Le chantier à 800 millions d’euros ne verra finalement jamais le jour. Surcoûts, conflits entre copropriétaires et absence de financement ont eu raison du projet. Quelles qu’en soient les raisons, c’est une excellente nouvelle.

Faire une pâle copie de l’originale – elle-même largement rejetée – aurait été une erreur assurée, car reproduisant ses défauts alors que le constat est implacable : 

🔥 Un bloc de verre et d’acier dans une ville qui suffoque sous les canicules, au moment où Paris cherche désespérément fraîcheur et sobriété,

⛽ Un témoin de l’abondance énergétique et matérielle des Trente Glorieuses, époque aujourd’hui définitivement révolue,

🪶 Une tour sans identité culturelle, nihiliste à l’heure où la société française a plus que jamais besoin d’imaginaires collectifs,

💸 Un échec commercial prévisible : des espaces purement fonctionnels, répliquables n’importe où dans le monde, délaissés par les Parisiens et les touristes qui préfèrent soit acheter moins cher ailleurs, soit vivre une vraie expérience Belle Époque dans les Grands Magasins.

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Gageons que ce conflit de copropriété trouve une issue rapide pour éviter que cet îlot désaffecté ne dégrade encore davantage son quartier.


Quoi qu’il arrive, seules deux issues restent souhaitables :

💪 Oser une vraie métamorphose avec une tour accueillante qui trouve enfin son identité parisienne, pleinement consciente des enjeux environnementaux et culturels,
…. Ou, à défaut, sa démolition. 💥

L’architecture vitaliste

Placer l’humain au cœur de la conception des villes

À travers un style assumé et affirmé, le vitalisme tourne la page d’un siècle de fonctionnalisme et d’uniformité qui a rendu nos villes monotones et déshumanisées. Il estime, à l’instar du vitalisme philosophique, que l’être humain n’est pas réductible à un ensemble de fonctions mécaniques ou de besoins quantifiables.

Il se fonde sur 3 piliers fondamentaux :

1- La réécriture contemporaine de l’esthétique traditionnelle

Adaptation des préceptes classiques aux besoins actuels pour créer une ambiance décorative riche, caractérisée par des saillies prononcées, de multiples balcons, des recoins et des microcosmes.

2- Le retour de l’identité et de l’enracinement

Chaque lieu s’oriente vers une identité propre, à travers un éclectisme librement inspiré des traditions régionales. L’architecture retrouve sa capacité à raconter une histoire, à créer des repères et à inscrire les habitants dans une continuité culturelle.

3- La réhumanisation de l’espace urbain

Par des façades vivantes et une modénature riche, il s’agit de recréer des environnements à échelle humaine. Cette complexité spatiale favorise l’appropriation des lieux, le sentiment d’appartenance et la vie collective.

Inscrit dans le temps long, le vitalisme est pleinement ancré dans notre époque. Il intègre parfaitement les nouveaux usages, le confort moderne et les normes environnementales, tout en répondant à des aspirations plus profondes : retrouver des identités, un enracinement, une volonté de transmettre et, surtout, s’entourer de beauté pour le bien-être de tous.


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Le vitalisme se veut être une renaissance architecturale, la troisième de l’Histoire :

  • La 1ère, « La Renaissance » : née de la redécouverte des ruines de l’Antiquité,
  • La 2nde, « Le Romantisme » (XIXᵉ siècle) : a fait ressurgir la richesse du Moyen Âge,
  • La 3ème, « Le Vitalisme » : rompt avec un siècle d’uniformisation culturelle pour prôner le bien-être et l’attachement aux lieux.


En France, ce style est soutenu par le think-tank Pour une Renaissance Urbaine. Il est adopté dans un nombre croissant de villes, suivant l’exemple emblématique du Plessis-Robinson. Son maire, Philippe Pemezec, a ainsi transformé une commune autrefois déclassée en l’une des villes les plus prisées d’Île-de-France.

La définition du beau

Subjectif ? Pas tant que ça.

Nous appartenons au Vivant, et sommes ainsi génétiquement codés pour évoluer dans la nature. Notre vie citadine est extrêmement récente dans l’histoire humaine, ce qui fait que notre biologie et notre perception primaire n’ont pas eu le temps de s’adapter à un environnement artificiel fait de verre, de métal lisse et de lignes brutales.

C’est pourquoi la sensation de Beau n’est pas qu’une affaire de goût personnel. Elle est avant tout une sensation d’harmonie profonde avec notre environnement d’origine. Et la beauté qui résonne chez le plus grand nombre est celle qui nous est instinctive, celle qui emprunte directement les codes universels de la nature :

  • 🌿 La pseudo-symétrie : pas une symétrie froide et parfaite, mais une symétrie vivante, légèrement irrégulière, comme un visage, un arbre ou une fleur. Elle nous rassure tout en évitant l’ennui,
  • 🍁 Les textures naturelles : irrégularités tactiles et visuelles (écorce, pierre, bois, nuages, vagues). Elles stimulent nos sens et nous ancrent dans le réel,
  • 🏔️ La variété des formes : courbes, ondulations, asymétries douces, transitions organiques. À l’opposé des formes géométriques pures et répétitives,
  • 🌲 L’ordre et la complexité : la dichotomie entre structure lisible et richesse de détails.
  • 🌸 L’harmonie : un ensemble cohérent de vie et de formes,
  • ❄️ Les fractales : ces motifs qui se répètent à toutes les échelles (feuilles, branches, montagnes, rivages…). Ils créent une complexité organisée que notre cerveau lit instantanément comme « vivant » et apaisant,
  • 🌍 L’identité du lieu : d’une région à l’autre, selon l’exposition, le climat et les écosystèmes locaux, les proportions, les matériaux et les couleurs dominantes spécifiques.


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L’architecture traditionnelle a imité ces codes de la nature, tout en intégrant les particularités culturelles et les contraintes techniques de chaque époque. C’est pour cela qu’elle est naturellement belle et immédiatement accessible.

Les styles contemporains, dans une volonté d’émancipation, ont tourné le dos à cette logique de façon plus ou moins radicale. Ce n’est pas un hasard si ses plus fervents défenseurs sont souvent les plus instruits : il faut ré-éduquer son cerveau malléable pour apprécier des formes ultra-lisses, brutalement minimalistes ou volontairement chaotiques.

Or, l’esthétique de nos villes n’a pas à être réservée à une élite. Elle devrait être instinctive, identifiée, accessible à tous, et nous reconnecter au Vivant.

Le renoncement au Beau

Rarement un témoignage n’aura été aussi déprimant.

Jusqu’à récemment, les architectes portaient un discours relativiste, expliquant que le Beau était une affaire personnelle, subjective.

Aujourd’hui, une nouvelle étape a été franchie. On annonce désormais aux étudiants d’architecture un sauve-qui-peut climatique qui doit tout expulser. Adieu poésie, art, recherche du Beau (et bonjour jeunesse anxieuse). Il s’agit de gérer la fin du monde, rien de moins.

Bien sûr, cette accroche est volontairement tapageuse et le journaliste relativise un peu le propos, expliquant d’autres priorités. Sauf que non : en architecture, le Beau est la priorité.

Exiger le Beau ne contredit en rien les défis environnementaux. Bien au contraire. La belle architecture, tout comme la nature, symbolise ce qui a de précieux. Elle est par essence fragile, et procure un sentiment d’harmonie et de bien-être qui nous rappelle la valeur de ce qu’il faut préserver.

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Le Beau est aussi un impératif de société. Sans le Beau, plus d’idéaux. On cultive les imaginaires négatifs.

Les quartiers « moches » sont la marque du déclassement et de la ségrégation sociale. On cherche à les fuir. Ils n’attirent personne et génèrent ressentiment et marginalisation. Peu s’occupent de les entretenir, car ils sont souvent perçus comme un tas de béton bon marché où l’on entasse des gens.

Quand on démolit le « Moche », il n’y a d’autres émois que la mémoire de ses habitants ou des calculs comptables et carbone. C’est trop peu.

Le Beau, au contraire, résiste au temps et à l’usure. Il crée de l’attachement, de la fierté collective, un sentiment de continuité et de dignité. On l’entretient, on le protège, on le transmet. Quand il faut le démolir, on le fait avec regret, presque avec chagrin, comme on perd un ami ou un paysage familier. Il élève les âmes au lieu de les écraser.

Si l’on veut répondre aux défis de notre temps, faire le Beau devrait être le premier souci de ceux qui élèvent nos villes.

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💡 La promotion du Beau est porté en France par le think-tank Pour une Renaissance Urbaine qui accompagne les acteurs du changement pour des villes soucieuses du bien-être des habitants, porteuses de repères et de valeurs.

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L’article du Parisien : « En architecture, on n’est plus là pour faire du beau » : la transition, une vieille habitude déjà prise par les écoles et étudiants