Le renoncement au Beau

Rarement un témoignage n’aura été aussi déprimant.

Jusqu’à récemment, les architectes portaient un discours relativiste, expliquant que le Beau était une affaire personnelle, subjective.

Aujourd’hui, une nouvelle étape a été franchie. On annonce désormais aux étudiants d’architecture un sauve-qui-peut climatique qui doit tout expulser. Adieu poésie, art, recherche du Beau (et bonjour jeunesse anxieuse). Il s’agit de gérer la fin du monde, rien de moins.

Bien sûr, cette accroche est volontairement tapageuse et le journaliste relativise un peu le propos, expliquant d’autres priorités. Sauf que non : en architecture, le Beau est la priorité.

Exiger le Beau ne contredit en rien les défis environnementaux. Bien au contraire. La belle architecture, tout comme la nature, symbolise ce qui a de précieux. Elle est par essence fragile, et procure un sentiment d’harmonie et de bien-être qui nous rappelle la valeur de ce qu’il faut préserver.

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Le Beau est aussi un impératif de société. Sans le Beau, plus d’idéaux. On cultive les imaginaires négatifs.

Les quartiers « moches » sont la marque du déclassement et de la ségrégation sociale. On cherche à les fuir. Ils n’attirent personne et génèrent ressentiment et marginalisation. Peu s’occupent de les entretenir, car ils sont souvent perçus comme un tas de béton bon marché où l’on entasse des gens.

Quand on démolit le « Moche », il n’y a d’autres émois que la mémoire de ses habitants ou des calculs comptables et carbone. C’est trop peu.

Le Beau, au contraire, résiste au temps et à l’usure. Il crée de l’attachement, de la fierté collective, un sentiment de continuité et de dignité. On l’entretient, on le protège, on le transmet. Quand il faut le démolir, on le fait avec regret, presque avec chagrin, comme on perd un ami ou un paysage familier. Il élève les âmes au lieu de les écraser.

Si l’on veut répondre aux défis de notre temps, faire le Beau devrait être le premier souci de ceux qui élèvent nos villes.

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💡 La promotion du Beau est porté en France par le think-tank Pour une Renaissance Urbaine qui accompagne les acteurs du changement pour des villes soucieuses du bien-être des habitants, porteuses de repères et de valeurs.

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L’article du Parisien : « En architecture, on n’est plus là pour faire du beau » : la transition, une vieille habitude déjà prise par les écoles et étudiants

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