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« L’ornement est un crime. » Adolf Loos

Une de mes récentes publications a suscité des réactions légitimes d’une profession qui agit souvent dans un cadre contraint, structuré par de multiples acteurs dont tous ne disposent pas des clés culturelles ou architecturales nécessaires à des arbitrages éclairés.

Pourtant, ces acteurs s’appuient sur des références existantes pour orienter leurs choix. À un moment donné, la production architecturale devient un modèle, une norme implicite. Et cette norme est elle-même issue d’un héritage intellectuel, transmis par l’enseignement.

Dès lors, il est difficile de faire l’impasse sur l’influence des figures fondatrices de l’architecture moderne dans la manière dont nous construisons aujourd’hui.

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Parmi elles, Adolf Loos occupe une place centrale. Dans « Ornement et Crime », il affirme que tout ornement non nécessaire à la fonction doit être éliminé. Pour lui, l’ornement est une survivance dégénérée, propre aux cultures inférieures, un gaspillage de ressources et un frein au progrès. L’architecture moderne doit donc tendre vers une forme de pureté, débarrassée de tout superflu.

Cette position, devenue structurante, n’est pas sans conséquences. Reconnaissons-le, si le fonctionnalisme a apporté ses innovations, son impact sociétal mérite d’être interrogé.

On en constate les dérives :

  • Des villes aseptisées qui se ressemblent,
  • Des constructions quelconques et amenant, faute d’affect, à des démolitions plus rapides, aggravant leur impact environnemental,
  • Un langage élitiste, inhibiteur de la libre créativité, déconnectant l’architecture du plus grand nombre, là où l’ornement parlait aux peuples,
  • Une perte de repères culturels qui ne fédère plus la société, qui se désagrège en communautés et individus,
  • Des idéaux qui ne sont plus écrits, avec une difficulté croissante à projeter un imaginaire collectif pour envisager l’avenir.

Limiter l’apparence aux simples considérations techniques, c’est tuer l’art et l’humanité qui s’en expriment.

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Enfin, s’il est d’usage de distinguer l’homme de l’œuvre, il reste permis de questionner certaines dimensions malsaines de ce personnage. Sans même revenir sur sa condamnation pour actes sordides, il était partisan de thèses politiques autoritaires qui ont logiquement influé sa sensibilité, sa vision de la société et donc son idéal de ville.

Suivre ses préconisations revient alors, même inconsciemment, à promouvoir ses idéaux nihilistes.

Il est maintenant temps de s’en émanciper, avec un enseignement qui doit faire la lumière sur les travers de son idéologie et de ses multiples courants héritiers.

Les ornements font la poésie des villes. Les remettre, c’est réhabiliter notre humanité écrasée par un dogme d’un autre temps.

[Samaritaine] La Grande Oubliée

« La Samaritaine habille la famille » – Regard Naïf

La femme enceinte incarne la magie même de la vie. Sans elle, rien n’existe : pas d’existence et donc pas d’humanité, pas d’art ni de science.

Pourtant, elle reste étonnamment absente de notre imaginaire artistique et architectural. Si certains arts premiers savent la valoriser, ou de façon anecdotique dans l’art contemporain, elle est globalement la grande oubliée.

Dans l’architecture, aucune façade ne lui rend hommage, alors qu’en occident les autres stades de la vie existent sous toutes leurs formes : des chérubins symbolisant la naissance jusqu’aux allégories de l’au-delà.


Cachez cette grossesse que je ne saurais voir !

Plusieurs raisons à cela :

  • Le tabou de la sexualité visible, corrélé à l’influence du christianisme et de la Vierge Marie,
  • Appuyé par l’idéal classique du corps féminin hérité de la Grèce antique,
  • Aggravé par le risque de mortalité jusqu’au XXᵉ siècle

De fait, la grossesse est restée longtemps une affaire privée et implicite.


✨ Dans la proposition « La Nouvelle Samaritaine » imaginée par Regard Naïf, cette absence est enfin réparée.

Sur un côté de façade, une femme enceinte se balade avec sa famille, portant haut un idéal de société : celui de valoriser la vie et la transmission.

[Samaritaine] Un temple de la mode

Quand on évoque la mode ou le luxe, on s’attend à être ébloui – bousculé même – par de la créativité, de l’excès, de la transgression, et une part de rêve.

Et pourtant…

À Paris, rue de Rivoli, la rénovation de la Samaritaine ne tient pas cette promesse. Une façade trop lisse, trop générique.

Sa forme ondulée pourrait s’implanter dans n’importe quelle métropole, et abriter n’importe quel centre commercial.

Les clients ne s’y trompent d’ailleurs pas : l’enseigne patine, et son manque de magie n’y est pas pour rien.

✨💎🔥 Et si l’on osait réellement ? 🔥💎✨

La proposition de Regard Naïf casse tous les codes de ce monde aseptisé : oser une nouvelle Samaritaine haute en couleurs, riche en symboles, transpirant la joie d’une mode qui brille de mille feux !

Arborer une identité unique, audacieuse, presque folle… c’est ce dont a besoin ce lieu pour devenir un véritable temple de la mode.

Versailles, du Roi Soleil au solarium

[1er avril 🐟]
Autrefois, Louis XIV faisait rayonner sa gloire depuis la Galerie des Glaces.

Aujourd’hui, le château s’offre une couronne de verre et de lumière ! Une extension contemporaine qui semble flotter au-dessus des toitures classiques.

Le temps passe, les époques se superposent grâce à ce nouvel espace visiteurs.

Ce qui était symbole de pouvoir absolu devient aujourd’hui un dialogue audacieux entre passé et futur.

Avec cet ensemble éco-conçu et respectueux de l’existant, le Roi-Soleil n’aurait sans doute pas dédaigné disposer d’une telle prouesse technique s’il avait eu les moyens et les compétences d’aujourd’hui… pour capter pleinement cet astre qu’il chérissait tant.

L’acceptation de l’architecture, une question d’identité et de sens

Philarmonie de Paris / Opéra de Sydney

À d’autres époques, l’identité et le charme d’un bâtiment allaient de soi. Ils découlaient de l’utilisation de matériaux locaux, des techniques adaptées au climat régional, et des messages cohérents avec la culture de ses peuples enracinés.

Aujourd’hui, la globalisation impose les mêmes matériaux et techniques partout, effaçant dans son uniformisation les identités et les traditions.


Pourtant, l’architecture contemporaine n’est pas condamnée à rester un simple appareil fonctionnel. Réfléchie, elle sait se faire signifiante et inspirante.


Comparons ces deux images. Deux réalisations a priori équivalentes, qui sont chacune :

  • Un lieu de musique
  • Dotées d’intérieurs qualitatifs
  • Une conception où l’architecte a eu toute liberté

Cependant pour l’architecture extérieure, l’approche est des plus contrastées :


🎼 La Philharmonie de Paris

  • Texture extérieure composée de 340 000 morceaux, se salissant rapidement et nécessitant une maintenance élevée,
  • Aucun message reflétant l’usage, ni une identité locale perceptible,
  • Sa forme métallique écrasée peut évoquer, pour certains, l’identité d’une canette abandonnée sur le périphérique voisin…


🌊 L’Opéra de Sydney

  • Parois en coques recouvertes de carreaux auto-nettoyants, nécessitant un entretien minimal,
  • Une identité naturelle face à l’océan, avec des courbures rappelant un voilier ou un coquillage,
  • Une influence culturelle d’Asie du Sud-Est perceptible dans ses toits courbés,
  • La fonction musicale est illustrée par sa forme auditive.


L’une prône une approche pseudo-élitiste, incomprise du grand public où beaucoup n’y voient qu’une carapace répulsive. Sur le long terme, elle vieillira mal.

L’autre porte un message clair et universel, suscitant la fierté de tout un peuple. Cinquante ans après son ouverture, cet opéra n’a rien perdu de sa superbe et est déjà inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.


En conclusion, l’architecture qui exprime l’identité d’un lieu ou d’une culture sera logiquement la plus plébiscitée et la mieux préservée. Pour devenir un jour patrimoine.

Il est urgent de réformer la profession d’architecte

Rénovation du château de Tournepuits, Guînes

Nous avons tous en tête de nombreux exemples consternants de constructions ou de rénovations ratées. Cette toiture de château remplacée par une boite en carton – qui a déjà suscité de nombreuses réactions – illustre parfaitement cet effondrement esthétique et qualitatif du métier.

Bien sûr, on pourrait invoquer un loupé ou une brebis galeuse, comme dans n’importe quel domaine. Mais à ce niveau de dysfonctionnement, il n’est plus possible de fermer les yeux.

Comment un architecte dont le métier est réglementé, encadré par des formations longues et des règles strictes, peut-il en arriver là ?

  • Des normes trop contraignantes ?
  • Une formation qui a perdu en exigence, et qui tolère, voire valorise, ce type d’« art » ?
  • Une corporation tenue par une idéologie dominante, héritée d’un siècle de rejet systématique de l’ornement et de l’identité traditionnelle, qui confine au nihilisme architectural ?

L’impact est dramatique : nos villes et nos paysages se remplissent d’une médiocrité généralisée, qui nourrit un sentiment de déclassement collectif, fait perdre les repères partagés et affaiblit le goût de la transmission.

C’est tout aussi préjudiciable pour les architectes eux-mêmes. Longtemps considéré comme un métier d’excellence qui a produit des merveilles, il est aujourd’hui galvaudé, et risque fort d’être remplacé par l’IA s’il ne retrouve pas sa noblesse humaine, son sens du beau utile et son lien profond avec les lieux et les gens.

Ce débat doit se tenir, et sans tabou. La profession en a besoin. La société aussi.

Le patrimoine récompensé dans les urnes !

À Leers, la campagne municipale s’est cristallisée autour d’une question simple :
que faire de l’ancienne friche textile au cœur de la ville ?

Deux visions.

La majorité sortante proposait :

  • Tout raser pour construire des logements
  • Garder uniquement la tour… pour en faire une buvette

Le collectif Vivre à Leers a porté une autre ambition :

  • Créer un véritable cœur de ville : habitat diversifié, espaces publics de qualité, économie locale et services de proximité
  • Réhabiliter le site en respectant l’histoire du lieu, avec de nouveaux bâtiments harmonieux
  • Transformer l’ensemble en un « monument de vie », à forte valeur patrimoniale, capable de faire rayonner la ville

Avec l’aide de Regard Naïf et d’Urgences Patrimoine, un projet citoyen a pris forme.

Comprendre ses citoyens, c’est reconnaître que leur ville est une part de leur existence.
Elle se doit d’être belle, et digne d’être transmise aux générations futures.

📊 Résultat : 55,05 % dès le premier tour, soit le double du score des dernières élections.

Bravo à Jérémy Rotsaert et à toute l’équipe de Vivre à Leers pour cette fabuleuse campagne !

Finissez l’Opéra Bastille !

Bien que son apparence donne à redire, il est là. Maintenant, il s’agit d’harmoniser l’urbanisme fragmenté de ce quartier.

Un vide béant persiste sur le flanc Est de cet édifice, le séparant de la Coulée verte René-Dumont et laissant apparaître l’arrière peu flatteur de l’hôpital des Quinze-Vingts sur la rue.

Depuis bientôt 40 ans, ce « trou » dans le tissu urbain, qui mérite d’être comblé avec intelligence et cohérence.

Dans cette démarche, un concours international d’architecture a été lancé il y a quelques mois pour aboutir à un projet lauréat sur septembre 2026, avec une inauguration prévue pour 2030.

L’enjeu ? Des espaces supplémentaires avec une extension qui fasse la jonction :

  • Rendre la Coulée Verte vraiment accessible. Aujourd’hui, elle s’arrête brutalement avec un escalier peu pratique et l’ascenseur le plus proche est à 500 m et souvent en panne,
  • Masquer cette vue sinistre sur l’hôpital depuis la rue,
  • Respecter l’esprit post-moderne de cet opéra, avec si possible plus de finesse et un peu d’identité parisienne,
  • Intégrer harmonieusement la brique emblématique de la Coulée verte et sa fibre ferroviaire pour parfaire la couture urbaine.

Gageons que le projet lauréat saura répondre à ces exigences essentielles, avec un résultat travaillé et créatif. Pour éviter qu’un cube n’en cache un autre.

La Colonnade comme entrée majestueuse du Louvre

L’architecte Xavier Bohl propose la création d’une grande place du Louvre, rétablissant l’entrée historique par la Colonnade comme porte principale du musée.

Cette vision enrichit considérablement l’expérience des visiteurs :

  • Mise en valeur de la Colonnade Perrault,
  • À l’arrivée du pont, par les portes latérales, des accès descendants pour l’accueil du public,
  • Aménagement d’un vaste espace souterrain sous la cour Carrée, en connexion directe avec la grande galerie du Carrousel du Louvre.

Les bus et taxis congestionnant actuellement les abords seraient redirigés vers un parking souterrain dédié, accessible depuis la place de la Concorde via le tunnel des Tuileries, avec maintient de la balade piétonne grâce au quai François Mitterrand qui suit un tracé parallèle. Évolutif, cet espace pourrait, selon les besoins futurs, se transformer en extension du musée avec un accès supplémentaire depuis la voie Georges-Pompidou.

Cette nouvelle place rectangulaire complèterait l’urbanisme du lieu en :

  • Répondant aux besoins de verdure par un jardin à la française, structurant visuellement la Colonnade, la mairie, le beffroi et l’église Saint-Germain-l’Auxerrois,
  • Se référant à l’histoire de la forteresse médiévale par la remise en eau et l’agrandissement des douves, bordées par des plantes aquatiques et surplombées par la place dessinée avec des angles traités comme des tourelles de fortification,
  • Offrant enfin un point de fuite concret depuis la rue du Louvre jusqu’à la Seine, avec un belvédère garantissant un panorama exceptionnel sur les quais,
  • Aménageant des escaliers vers les quais et, potentiellement, une gare fluviale.

Dépassant la simple considération de la capacité d’accueil du musée, cette proposition s’inscrit pleinement dans les exigences du lieu, solennelle et sans rupture, prolongeant avec respect la longue histoire du Louvre et de son quartier.

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Architecte formé auprès de François Spoerry (Port Grimaud), Xavier Bohl fonde son atelier en 1999 et y développe l’approche de l’architecture douce, portée sur le respect du site et de l’échelle humaine. Il réalise en France et à l’international des projets d’architecture et d’urbanisme, dont des opérations de rénovation urbaine emblématiques comme la Cité-Jardins du Plessis-Robinson, primée en 2008. En 2025, il co-fonde le think-tank Pour une Renaissance Urbaine.

Quel campus pour vos études ?

Un étudiant se nourrit non seulement du savoir des livres et de ses professeurs, mais s’imprègne aussi de l’environnement de l’établissement qui en exprime sa philosophie.

D’un côté, l’architecture de la transmission, ancrée dans une longue histoire. Bien souvent un lieu historique, ou plus occasionnellement une réalisation récente ayant intégré ses codes, en totalité ou en partie :

  • Éveiller par le Beau, la lumière, l’aération, les détails ornementaux et les matériaux nobles,
  • Sédimenter les époques et créer un imaginaire,
  • Entrer dans la mission séculaire d’apprendre puis de transmettre,
  • Dépasser l’ego, encourager la fraternité intellectuelle et la continuité des générations.

De l’autre côté, une vision fonctionnaliste et moderniste, avec des espaces aseptisés, neutres, cloisonnés derrière des murs de béton ou de verre, offrant un tout autre inconscient :

  • Siloter les cours en cursus pour répondre à des critères administratifs,
  • N’exprimer aucun commun, cloisonner les esprits dans des logiques individuelles,
  • Ignorer la longue Histoire, jeter l’illusion que les racines et la transmission importent peu,
  • Promouvoir un style international né dans les années 1920, abstrait, standardisé, vecteur d’une logique de rationalisation extrême et de réification de l’être.

Bien sûr, le façonnement de l’esprit reste avant tout une affaire personnelle et humaine.

Mais tout lieu de la connaissance exerce une influence subtile et notable sur l’esprit.

Si l’architecture n’impose pas la pensée, elle la conditionne discrètement.