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La Défense, haut lieu culturel

Et si ce quartier d’affaires était empli de poésie, de culture et d’originalité ? Fini, le cliché de la place financière déshumanisée, interchangeable avec La City, Shanghai, Francfort, Moscou ou Abidjan.

La Défense ose l’audace : devenir un lieu unique d’expression artistique. En réponse à un concours audacieux, sculpteurs, plasticiens, peintres, artisans et créateurs de tous horizons sont venus humaniser le lieu dans un ensemble cohérent.

Me voilà face à la Grande Arche, entourée de gratte-ciels ornés de représentations du vivant, de symboles de notre civilisation, et d’allégories de la finance. Des rires interrompent ma contemplation : les groupes de visites s’enchaînent, et je vois un garçon s’amusant devant une gargouille qui asperge une drôle de sculpture. C’est la “Jabra”, une sorte d’hydre terrassée par les flots. La métaphore, dit-on, des réunions interminables qui règnent ici. Cravaté je presse le pas sur le chemin du travail, un peu désorienté par tous ces touristes. Un sentiment d’appartenance et de fierté m’envahit.

… Une utopie dans l’immédiat et pourtant, la réponse nécessaire à notre société déprimée qui jamais, n’a tant été en mal d’imaginaire.

Avec une telle initiative, nul doute que la Défense – ou tout autre endroit – deviendrait un lieu réputé voire même touristique, plutôt qu’une copie fonctionnelle de plus.

Amis bâtisseurs du contemporain, osez ! Ajoutez à vos bâtis couleurs, sculptures, repères, de l’originalité, de l’exploration pour les yeux, des messages d’avenir… Quitte à vous associer avec les artistes de votre choix. Pour que l’architecture redevienne populaire.

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Dans l’illustration, cette statue de cerf en art polygonal est en réalité issue de la proposition Regard Naïf pour la rénovation de la Tour Montparnasse, où un exercice similaire a été effectué : Regard Naïf – Montparnasse 2030

Une autre vision pour la Tour Triangle

Image Herzog & de Meuron Basel / Grok

Un jour, un ami m’a demandé si j’avais un contre-projet pour ce prisme controversé. En pleine élévation, sa présence dans le ciel parisien rivalisera bientôt avec la Tour Eiffel et l’ombre de Montparnasse.

Polémique depuis 17 ans, cette tour est largement rejetée pour des raisons évidentes :  

– Son utilité, bien incertaine dans un marché immobilier vacillant,

– Son emplacement dans un quartier déjà saturé, et ombrageant les riverains,

– Son esthétisme et sa monumentalité que chacun jugera, même si le promoteur a promis sa quasi transparence…

– Le double discours d’urgence bioclimatique.

Après une réflexion aussi brève qu’un croquis de triangle, l’idée jaillit : et si l’audace était de s’abstenir ? Ou de concrétiser cette forêt urbaine tant plébiscitée par la mairie ?

Des arbres, une pelouse, un souffle vert pour les citadins.

Nos villes réclament de l’équilibre. Parfois, le courage et l’esprit de responsabilité réclament de ne rien faire.

Ici, entre périphérique et boulevards, le murmure des feuilles plutôt que le fracas des bétonneuses, eût été l’acte visionnaire.

Et vous, quelle Tour Triangle auriez-vous aimé pour Paris ?

Architecture : Un siècle d’intelligence artificielle

Image générée par l’IA Grok


Peu de domaines auront autant préparé le terrain pour l’arrivée de l’IA.

Il y a un siècle, Le Corbusier, Walter Gropius et Adolf Loos imposaient une nouvelle architecture, brisant les codes traditionnels, selon plusieurs préceptes :
Rejet des ornements, pour une architecture fonctionnelle et globalisée, marquant la fin des décorations symboliques,
– Un idéal de progrès et d’égalité, transcendant les identités culturelles pour un avenir rationnel, post-Première Guerre mondiale.

Depuis, le métier d’architecte s’est retrouvé toujours plus contraint :
Multiplication des normes,
Généralisation des logiciels de modélisation (CAD), corsetant la créativité par rapport au dessin à main levée,
Délais toujours plus courts, pressions économiques,
– Une corporation à l’idéologie dominante bornée au fonctionnalisme, et qui refuse tout retour en arrière.

Le contemporain a – parfois – sa part artistique, mais elle reste timorée, triviale, souvent déconnectée du lieu et de l’usage. Un “art” difficile à distinguer d’un algorithme, réduit à du paramétrage géométrique couplé à de la variabilité voire du chaos.

Ce qui pose une menace existentielle : qui, de l’humain ou de la machine, résoudra le mieux un cahier des charges ? Qui sera le plus rapide, le moins cher ?

Pourtant, l’architecture est bien plus. Art démocratique, elle s’offre à chaque promeneur, quelle que soit sa condition. Nos villes et nos yeux méritent mieux que des alignements de cahiers des charges concrétisés.

Eugène Viollet-le-Duc l’avait prédit dans ses entretiens : rester en dehors du mouvement imprimé aux lettres, aux sciences et à la philosophie, c’est se condamner à une mort certaine.

Sans sursaut, l’architecture sera condamnée par la machine.

Que faire alors ?

C’est l’essence de Regard Naïf : promouvoir une créativité qui façonne nos civilisations par des messages accessibles, ancrés dans nos racines et nos imaginaires, et pensés pour nous reconnecter à notre humanité, avec nos sensibilités, cultures et identités

D’autres initiatives, comme Pour une Renaissance Urbaine, cherchent à rassembler architectes, urbanistes et intellectuels pour réhumaniser la ville et promouvoir le beau. Pour que le métier d’architecte retrouve ses lettres de noblesse.

Dessine-moi un château d’eau

Imaginez un château d’eau : le modèle « bouchon de champagne », silhouette standardisée jalonnant nos campagnes, vous viendra certainement en tête. Pourtant, savez-vous que ces tours d’eau peuvent se parer de mille visages ? En France, leur essor débute dans les années 1930, avant une généralisation entre 1950 et 1970, si bien qu’environ 90 % de ces édifices suivent un modèle uniforme. Mais bien avant, il en existait déjà, et quelques merveilles ont traversé le temps.

Faisons un pas de côté : et si ce foisonnement de châteaux d’eau avait épousé nos identités ? Tout comme nos nombreux moulins, il seraient devenus autant de motifs de fierté pour les habitants, les voyageurs, et pour les artisans qui y auraient apporté leur touche. Un riche patrimoine du XXème siècle à léguer à nos enfants, une poésie gravée dans nos paysages pour les siècles à venir.

Car un même usage peut prendre autant d’apparences que de lieux lorsqu’il s’inspire du patrimoine local et s’enrichit d’une part d’imaginaire. Reconnaissons-le, ces « bouchons de champagne », on a fini par s’y attacher. Surtout quand ils se métamorphosent en œuvre d’art grâce à des graffeurs chevronnés.

Mais en règle générale, leur forme standardisée et leur monotonie dominent. Alors, pour nos bâtiments, notre mobilier urbain, nos infrastructures… pourquoi s’en tenir à des modèles en série à l’apparence banale, quand nous sommes capables de tant d’imagination ?

L’Arbre Blanc de Montpellier, élu plus bel immeuble résidentiel du monde.

« L’Arbre Blanc » de Montpellier, Ludwig Deguffroy/Getty Images

Ne nous attardons pas ici sur la légitimité de ce titre, un brin corporatiste, ni sur sa pertinence car quelques minutes de marche dans n’importe quel centre historique suffiraient à questionner la portée mondiale de ce superlatif du beau.

Restons plutôt sur ce clin d’œil assumé à la nature : la plus évidente des beautés sera toujours celle de la nature, et le sentiment de bien-être que le beau nous procure est profondément similaire à celui ressenti en contemplant un paysage.

Si de prime abord certains trouveront que cet « Arbre » a surtout des allures de conifère trop taillé, force est de reconnaître que cette reconnaissance marque une avancée dans l’architecture contemporaine pourtant si prompt à s’émanciper des codes qui nous définissent en tant qu’êtres sensibles. Même si elle reste le fruit d’une créativité cruellement limitée à des formes géométriques basiques.

Gageons que cette auto-reconnaissance encourage la communauté des architectes contemporains à une inspiration plus naturelle, indispensable à notre bien-être d’êtres vivants en ville.

Source : AD Magasine – 23 avril 2025