
Une évidence de la vie : on hérite de nos parents et on transmet à nos enfants.
Dans sa tribune du Monde, Fabien Gantois souligne un incident majeur et jusqu’alors inédit dans la construction : le climat change, et il change vite.
Un vrai défi s’impose à nous. Jusqu’alors, les générations successives pouvaient s’appuyer sur des repères stables. Mais aujourd’hui, tout est bouleversé dans nos villes : identités, cultures, besoins, modes de vie et… climat.
___
Heureusement, de multiples réponses existent, notamment dans les méthodes ancestrales. Avant l’énergie abondante et bon marché, avant la réfrigération artificielle, les constructeurs savaient s’adapter aux climats de l’année avec très peu de moyens, et concevaient intelligemment :
- Les murs épais en pierre ou en brique, qui font le charme de nos vieilles bâtisses, retiennent la chaleur en hiver et la fraîcheur en été grâce à leur inertie thermique ;
- Les techniques des pays chauds à redécouvrir : badgirs (tours à vent), façades blanches qui réfléchissent le soleil, patios ombragés… ;
- Une répartition fine des ouvertures, plus étroites au sud qu’au nord, et le retour des auvents, marquises, galeries et allées plantées qui protègent du rayonnement direct.
À ces savoirs anciens s’ajoutent des techniques contemporaines tout aussi pertinentes :
- La pompe à chaleur avec emprise au sol devrait, sauf exception justifiée, devenir la norme dans toute construction neuve. Elle garantit chauffage et climatisation avec une consommation d’énergie faible ;
- Pour les ouvertures, toitures et parois, des matériaux isolants, biodégradables ou à très longue durée de vie.
Chaque bâtiment doit aussi s’insérer dans une ville plus adaptée :
- Une végétation tenant compte du climat changeant, qui rafraîchit l’air ;
- Une désimperméabilisation des sols, pour un meilleur drainage des pluies et pour limiter les îlots de chaleur ;
- Le retour des galeries en arcades, des auvents et des marquises, créant au passage des espaces publics de qualité.
Et enfin, on ne le dira jamais assez : la valeur esthétique, culturelle et donc patrimoniale d’un bâtiment est décisive. Une belle bâtisse est une invitation pour chaque génération à en prendre soin et à la conserver dans le temps, tout en apportant à la collectivité fierté et identité. Ce qui est beau et digne d’être aimé survit. Ce qui est anonyme et sans qualité finit trop souvent démoli.
__
Pour l’architecture, l’enjeu n’est donc plus seulement de faire du neuf ou de rénover. Il est de concevoir des lieux capables de traverser le temps techniquement, climatiquement et culturellement. Des lieux que nos enfants n’auront pas honte d’hériter, et qu’ils auront envie de transmettre à leur tour.
Car au fond, bâtir est toujours un acte de transmission. À chaque acteur le devoir de retrouver le souci du temps long et de soulager la charge des générations futures en stabilisant tout ce qui peut l’être.
